32 – L’ARRESTATION DE FANTÔMAS
— Bonsoir, monsieur Caldoni. Alors, vous partez tout à l’heure ?
— Ma foi, oui, monsieur Vicart. Vous savez, c’est l’usage et aussi mon service. Chaque fois qu’un souverain, qu’un chef d’état prend le train…
M. Vicart interrompit :
— …Vous l’accompagnez comme la prunelle de vos yeux jusqu’à la frontière… Enfin, poursuivit-il, je ne suis pas fâché de vous voir ici. Cela me prouve que moi, d’ici une heure, j’en aurai fini avec les responsabilités que j’assume depuis déjà pas mal de temps, trop de temps, même…
M. Caldoni reprit, avec un geste de résignation :
— … Et cela me prouve, à moi, que ma besogne commence, ce qui n’est pas plus gai…
— Bah ! vous en avez pour quelques heures à peine et, somme toute, ce n’est pas ennuyeux : vous voyagez perpétuellement en train spécial, dans des voitures de luxe, tel un grand seigneur.
— On est vite blasé, croyez-moi, Monsieur Vicart, et en réalité, qu’il s’agisse de Frederick-Christian ou d’un autre, je n’arrête point… J’imagine qu’il n’est jamais tant venu de têtes couronnées sur le territoire français que depuis que nous vivons sous le démocratique régime de la République. Il y a huit jours, c’était la reine-mère d’Italie que j’accompagnais jusqu’à Menton. Aussitôt après, je saute jusqu’à la frontière espagnole pour prendre le roi d’Espagne. Touchant à peine à Paris, j’en repars pour reconduire à Bordeaux le prince héritier de Danemark. Ce soir, c’est le roi de Hesse-Weimar que je pilote. Demain, qui sait ?…
M. Caldoni avait, en effet, une profession fort astreignante : il était spécialement chargé par le service du ministère de l’Intérieur d’assurer la sécurité des augustes voyageurs, souverains, ministres, membres des gouvernements français ou étrangers, parcourant la France en chemin de fer.
M. Caldoni était donc perpétuellement en route, accompagnant ces hauts personnages durant leurs pérégrinations, les amenant à Paris ou les reconduisant jusqu’aux frontières, par delà lesquelles ils regagnaient leurs états respectifs.
Ce soir-là, M. Caldoni était encore de service. Il s’agissait en effet, pour lui, de veiller sur le voyage du roi Frederick-Christian pendant son trajet sur le territoire français, et jusqu’au moment où il franchirait la frontière belge.
M. Vicart, cependant, s’était éloigné et, fort affairé, le chef de la Sûreté politique s’en allait converser avec le commissaire spécial de la gare du Nord et jeter un coup d’œil sur les dispositions prises pour le service d’ordre, pour la réception aussi qui devait être faite à la gare, au roi, avant son départ.
On avait aménagé, suivant l’habitude, la salle d’attente des premières classes en salon de gala, salon à l’aspect rigoureusement officiel, tout décoré de tentures en velours rouge à crépines d’or, meublé par le Garde-Meuble National des sempiternels fauteuils d’Aubusson, de tables banales et de chaises uniformes qui servent indistinctement à toutes les cérémonies publiques.
Au fond de ce salon, on accédait par une petite porte, à une pièce plus réduite. C’était ce que les familiers de ces sortes d’installations appelaient avec humour : « le cabinet particulier ».
À maintes reprises, en effet, c’est dans ce petit local que s’étaient déroulés des événements étranges et variés. C’est là que se tenaient le plus souvent les agents en bourgeois n’ayant pas une fonction assez importante pour figurer en qualité de « public » aux réceptions officielles du grand salon. C’est là que l’on « bouclait » les manifestants si d’aventure quelqu’un s’avisait de jeter une note discordante à l’arrivée ou au départ d’un grand personnage. C’est là aussi que l’on soignait ceux des invités, qui se trouvaient mal… là enfin que l’on détenait provisoirement pickpockets ou personnes suspectes.
Tandis que M. Vicart, en compagnie du commissaire spécial, procédait à l’examen rapide des lieux et s’assurait que tout était en état pour recevoir le souverain, M. Caldoni s’en était allé conférer avec le sous-chef de gare principal de service ce soir-là.
— Le train spécial du roi, disait le sous-chef, partira exactement à 10 h. 17, c’est-à-dire qu’il suivra, à dix minutes près, le 322.
— Le 322, c’est bien le rapide de Cologne, n’est-ce pas ?
— En effet, répliqua le sous-chef de gare, c’est le rapide de Cologne…
Et le haut employé ajouta, avec le sourire :
— Il fera le balai devant vous. De la sorte, vous pouvez être tranquille… espérons-le, du moins !
M. Caldoni hochait la tête.
Oui, certes, il espérait que ce voyage s’effectuerait sans incidents. Après tout, pourquoi pas ? Ce qu’il fallait redouter surtout, en chemin de fer, c’était un attentat anarchiste. Or, le roi de Hesse-Weimar, roi d’un pays paisible et très monarchiste, n’était nullement désigné à l’attention des criminels politiques.
Cependant, sous les vastes halls de la gare du Nord, la foule des curieux qui avait appris par les journaux du soir le départ du roi se faisait de plus en plus compacte. Elle doublait la foule habituelle des voyageurs qui, peut-être, ne se serait aperçue de rien et aurait jugé inutile de stationner sur les quais si le déploiement du service d’ordre n’avait attiré son attention.
On voyait en effet, aller et venir, affairé, M. Lépine, coiffé de son classique chapeau melon et qui se tiraillant la barbiche, se multipliait, donnant ses dernières instructions aux agents en tenue, aux officiers de paix.
— Ne laissez passer que les cartes bleues, recommandait sévèrement le préfet, et puis les coupe-files de la presse, naturellement… mais, en dehors de cela, absolument personne, je ne veux personne, je ne veux pas d’encombrement, je ne veux plus de ces bousculades comme nous en avons eues lors de la venue du Président de la République au Salon de l’Auto… N’est-ce pas, messieurs, veillez-y bien.
M. Lépine, qui avait formulé ces instructions précises à un petit groupe d’officiers de paix, se rendait aussitôt à l’autre extrémité du barrage et recommençait son discours pour les brigadiers qui n’avaient pas entendu…
Cependant, peu à peu, la salle d’attente, transformée en salon de réception, se remplissait de personnalités ayant justifié de la qualité requise pour bénéficier de la faveur d’approcher le roi.
Aux journalistes groupés dans un coin de l’enceinte réservée, on signalait les noms des personnalités présentes.
Les employés, avec respect, désignaient un grand vieillard tout blanc, rasé à l’américaine, le baron Weil, membre du Conseil d’administration de la Compagnie et délégué par celle-ci pour la représenter auprès du roi et le saluer à son départ.
On remarquait dans la foule l’uniforme du lieutenant-colonel de Bonnival, officier d’ordonnance du Président de la République, venu apporter au souverain les souhaits de bon voyage du chef de l’État français.
Il y avait également deux femmes de ministres, pilotées par des attachés de cabinet, d’une élégance raffinée, puis quelques délégués du protocole et un directeur du ministère des Affaires étrangères.
Sur le trottoir de la rue de Dunkerque, à l’entrée de la gare, M. Havard, boutonné dans son long pardessus noir, faisait les cent pas, tout seul, attendant le souverain, ses amis et aussi M. Annion, directeur de la Sûreté générale.
Le petit cortège devait être suivi par un détachement d’agents cyclistes.
***
Se faufilant dans la foule, doucement, mais avançant sans cesse et sans difficulté à la manière d’un homme qui a fort l’habitude de triompher des encombrements, Juve se rapprocha peu à peu du premier rang et parvint au cordon d’agents qui formait le barrage interdisant au public l’accès du quai de départ sur lequel donnait le salon d’attente.
Juve, précisément, se heurta à son collègue l’inspecteur Michel, auquel il serra la main.
Il esquissait le geste de sortir de sa poche la carte bleue qui allait lui permettre de passer et tout en agissant de la sorte, se haussant sur la pointe des pieds, il veillait à ne pas perdre de vue quelqu’un, une dame qui, pilotée par un officier de paix, obtenait qu’une trouée se fît dans l’assistance pour lui permettre de passer.
Michel avait interrompu le mouvement machinal de son collègue, et s’esclaffant :
— Par exemple, Juve, vous n’avez pas besoin de justificatif.
Juve, subrepticement, se glissait derrière la dame qui venait de le dépasser à l’instant même, et pénétrait avec elle dans le salon d’honneur où déjà se trouvait réunis de nombreux invités, cependant qu’à ce moment précis on entendait, venant du dehors, une clameur favorable annonçant l’arrivée du roi.
La foule, instinctivement, se massa vers l’entrée du salon, et la dame que Juve suivait depuis quelques instants déjà effectuait le même mouvement que les autres personnes de l’assistance, lorsque, profitant de ce qu’il était près d’elle et que tous deux se trouvaient à l’extrémité d’un angle du salon, Juve, irrespectueusement, mais avec autorité, la prenant par le bras, la fit reculer d’une poussée brusque et l’acculant à l’angle du salon, se plaça devant elle pour l’empêcher de bouger.
— Pardon ! fit-il de sa voix sèche et brève, un instant.
Mais la dame, qui tout d’abord s’était laissé faire sans se rendre compte de ce qui lui arrivait, considéra fixement Juve et eut un geste de révolte :
— Monsieur, fit-elle les dents serrées, le regard mauvais, qui êtes-vous, que me voulez-vous ?
Le policier, à voix basse, articula :
— Je suis Juve, inspecteur de la Sûreté.
La dame, sans broncher, répliquait :
— Je suis la grande-duchesse Alexandra parente du roi de Hesse-Weimar…, cousine de…
Elle allait énumérer ses titres, ses qualités, mais Juve, nullement impressionné par une telle énumération, hocha doucement la tête.
Baissant encore le ton, car, évidemment, le policier voulait éviter de provoquer un scandale, il interrompit :
— Non ! vous êtes Lady Beltham, je vous reconnais, je le sais, inutile de nier.
L’aventurière, qui au premier instant avait essayé de payer d’audace, tressaillit. Elle regarda le policier, haletante, la poitrine oppressée. Dans ses yeux, brillait une lueur d’inquiétude.
Mais Juve, de plus en plus froid, de plus en plus sec, poursuivit :
— Je vous tiens, Lady Beltham…
Puis, considérant bien en face l’étrange maîtresse de Fantômas, qui pâlissait affreusement, le policier interrogea :
— Où est le diamant ?
Il y eut un silence. Lady Beltham baissait les yeux. Juve insista, pressant, autoritaire :
— Dites-le, madame, immédiatement, sinon vous n’aurez qu’à vous en prendre à vous-même du scandale…
Il semblait que l’aventurière voulait à tout prix éviter un éclat dans ce salon où allait et venait une foule élégante, active, joyeuse, qui bavardait en attendant l’arrivée du souverain.
Juve avait si bien pris ses dispositions que nul, à ce moment, ne pouvait soupçonner le drame qui se déroulait dans l’angle de la pièce.
Lady Beltham et lui avaient l’air de deux interlocuteurs fort intimes qui s’entretenaient sur un ton de parfaite cordialité des choses les plus naturelles.
Cependant Juve n’était pas d’humeur à attendre le bon plaisir de Lady Beltham. Il en avait assez des tergiversations, des hésitations. Il lui fallait une réponse immédiate, un aveu précis.
— Parlez, madame, où est ce diamant ?
À tout hasard, Juve posait cette question, se doutant bien que la maîtresse du monstre devait être renseignée sur l’endroit où il avait caché le joyau précieux dérobé au palais de Hesse-Weimar. Il estimait aussi que c’était là un prétexte excellent pour justifier l’arrestation de Lady Beltham, que peut-être, dans les hautes sphères, on prenait pour la grande-duchesse Alexandra…
Mais le policier dut faire appel à toute son impassibilité pour dissimuler son contentement lorsqu’il entendit sa prisonnière répondre à son interrogation, d’une voix tremblante, presque inintelligible :
— Ne faites pas de scandale, monsieur, je vous en prie, ce diamant, je l’ai sur moi.
Le roi de Hesse-Weimar pénétrait à ce moment même dans le salon.
La foule s’était écartée sur son passage, et Frederick-Christian, précédé d’un jeune attaché au protocole qui, conformément au rite, marchait à reculons pour ne pas lui tourner le dos, s’avançait jusqu’au fond de la pièce vers les fauteuils qui avaient été disposés afin qu’il pût s’asseoir si fantaisie lui en prenait et faire asseoir les personnes qu’il daignerait honorer d’un bref entretien.
Le roi, très simplement mis, portait un complet à carreaux jaune et noir sur lequel il avait revêtu une ample pelisse de fourrure.
Frederick-Christian était accompagné de son ami le marquis de Sérac, rayonnant de satisfaction, tiré à quatre épingles, monocle à l’œil, orchidée à la boutonnière et très content, à coup sûr, de se montrer ainsi en public l’intime du roi de Hesse-Weimar.
M. Annion, le visage renfrogné, la mine préoccupée, soucieuse, marchait derrière eux, semblant couver le souverain, le tenir sous sa protection, le suivant comme l’ombre suit la substance.
Juve, en voyant entrer le marquis de Sérac, n’avait pu retenir un tressaillement. Décidément, l’audace de Fantômas était inouïe…
C’était pour lui un spectacle inimaginable de voir, accompagnant le roi, marchant à côté du directeur de la Sûreté générale, le sinistre et redoutable bandit, si merveilleusement maquillé sous son étiquette d’homme du monde. Juve pensait :
— Il faut véritablement que je le sache pour être sûr que c’est bien là Fantômas.
Et il ajoutait, mentalement :
— Et il faut que mes chefs aient une bien grande confiance, eux, pour le laisser ainsi à proximité du souverain.
Car dès lors, rien n’eût étonné Juve.
Du moment que Fantômas était là et qu’il s’agissait évidemment d’une heure critique de son existence, – le monstre était bien trop intelligent pour ne pas le soupçonner, – on pouvait s’attendre à tout.
Juve serrait les poings. S’il n’avait écouté que son instinct, au mépris du Protocole, en dépit de l’organisation officielle de cette réception, il aurait sauté sur Fantômas, s’en serait emparé, l’aurait maintenu de toute la force de ses bras puissants. Il aurait enfin fait mentir le qualificatif du monstre et, en l’appréhendant une bonne fois pour toutes, aurait mis un point final à la légende de « Fantômas l’Insaisissable ».
Mais Juve cependant se contint. Le moindre mouvement aurait pu le faire remarquer du bandit. Or, les chefs, puisqu’il ne l’avaient pas arrêté encore, désiraient sans doute faire partir le roi Frederick-Christian auparavant ?
Juve s’il ne disait rien, n’en pensait pas moins : c’était une erreur, une erreur grave.
Lorsqu’on était en présence d’un bandit pareil, et qu’il avait assez d’impudence pour se risquer de la sorte, il ne fallait pas faire de façons : il fallait, en dépit du scandale, l’arrêter aussitôt, sans autre forme de procès.
Mais Juve se raisonnait encore : il n’oubliait pas que, dans l’angle du salon, refoulée contre le mur par ses soins, et appuyée toute défaillante sur un bras de fauteuil, se trouvait Lady Beltham. Lady Beltham, sa prisonnière. Lady Beltham qui, désormais, ne lui échapperait plus, et Lady Beltham qui était – elle venait de l’avouer – la dépositaire, la receleuse du fameux diamant.
Soudain, une inquiétude nouvelle :
Si par malheur l’aventurière allait profiter des quelques instants de répit que le policier venait de lui accorder involontairement pour se débarrasser du précieux joyau, le passer à quelque complice… savait-on jamais ?
Juve résolut de ne rien laisser au hasard, de mettre toutes les chances de son côté.
Il se pencha à l’oreille de Lady Beltham et souffla, impérieusement :
— Remettez-moi le diamant tout de suite.
L’intrigante jeta un coup d’œil étrange et mystérieux sur Juve.
Puis, à la manière d’une coquette qui accorde une faveur à un galant :
— Monsieur, murmura-t-elle tout bas, de sa voix qu’elle savait faire si douce à l’occasion, voulez-vous glisser votre main dans mon manchon ?…
Juve obéit.
Il eut un frisson bizarre en frôlant la petite main de Lady Beltham, mais son cœur, soudain, se serra : les doigts de l’aventurière venaient de glisser dans les siens le joyau précieux, qu’au seul contact, Juve identifiait sans réplique.
Le policier le saisit dans son poing fermé, le serra de toutes ses forces, puis lentement rapprocha son bras de son gilet et glissa la pierre dans son gousset, non sans avoir jeté un regard furtif à ce magnifique diamant prêt à scintiller de mille feux.
Et Juve, de la gauche, tenait le trésor contre soi, alors que de la droite, il se tenait prêt à saisir le poignet de Lady Beltham, à son premier mouvement de fuite.
Mais Lady Beltham ne semblait aucunement disposée à s’échapper, tout au contraire, elle se serrait contre le policier.
— De grâce, monsieur, suppliait-elle, comprenez-moi, comprenez-moi…
Elle poursuivait, à mots entrecoupés, précipités :
— J’étais venue ici dans l’intention de vous rendre le diamant… et en même temps de vous livrer Fantômas, vous n’avez pas compris…, de grâce, laissez-moi libre, et vous verrez, alors…
Juve eut un sourire énigmatique. En dépit de la chaleur persuasive que Lady Beltham s’efforçait de mettre dans le ton de ses paroles, il demeurait sceptique, il n’ajoutait aucune foi aux déclarations de la dame, il restait sourd à ses prières.
— Trop tard, pensait-il. Ce n’est pas au moment où le bâtiment fait eau que les naufrageurs doivent demander du secours.
Cependant, le regard de Juve s’était croisé soudain avec celui de M. Annion.
Le chef de la Sûreté générale, qui, vu sa taille, dominait la foule de son regard clair et perçant, avait eu un haut le corps en apercevant l’inspecteur de la Sûreté.
Juve avait attribué ce mouvement au fait que M. Annion, en le dévisageant, avait également vu à ses côtés l’élégante, qu’il prenait encore, peut-être, pour la grande-duchesse Alexandra.
Juve comprit que, eu égard à la gravité de la situation, il ne pouvait taire plus longtemps ce qui s’était passé, à son chef hiérarchique.
Le policier avisa précisément à côté de lui trois agents de la Sûreté, de ses subordonnés, dont il connaissait le dévouement à toute épreuve et l’intelligence.
Avec ces trois hommes se trouvait Michel, l’ancien sous-ordre de Juve, et qui désormais avait le même titre que lui, par suite d’un avancement rapide et mérité.
Juve ne pouvait évidemment laisser Lady Beltham en meilleure compagnie.
De quelques gestes expressifs, il signifia à ces agents d’avoir à encadrer la mystérieuse personne, et s’étant assuré que celle-ci était toujours dans l’impossibilité de s’écarter d’un pas – les agents l’encerclaient véritablement – Juve s’avança dans la foule, vers le fond du salon, dans la direction du souverain et de M. Annion.
Tandis que le policier se faufilait avec précaution, doucement, comme il convient dans une pièce encombrée où l’on se trouve entre gens du meilleur monde, M. Annion qui n’avait pas perdu un seul de ses mouvements, murmurait à voix basse à M. Vicart :
— Attention… cette fois, n’hésitons plus.
Puis, se penchant vers deux messieurs en redingote, qui l’écoutaient très attentivement :
— Ensemble, n’est-ce pas ? commandait-il… il s’approche du baron Weil, immédiatement après qu’il l’aura dépassé, sans bruit, sans scandale, les menottes… et vous l’entraînez aussitôt dans le « cabinet particulier »…
Juve peu à peu s’était avancé. Il se trouvait près du roi, auquel il prétendait se faire présenter dans un instant, auquel il comptait remettre directement le diamant, à la stupéfaction de tous. Il venait de contourner la haute stature du baron Weil lorsque soudain il se sentit bousculé, pris par les poignets, entraîné comme dans un courant irrésistible.
Le policier était tellement abasourdi, qu’il ne put dire un mot… Un instant, il perdit la notion des choses… une seconde après, il la retrouvait…
Juve se demanda s’il était subitement devenu fou.
Il était, lui, Juve, désormais, dans le « cabinet particulier », pièce qu’il connaissait fort bien, et pour cause, entouré de quatre colosses qui le maintenaient aux épaules et aux bras.
Aux mains, les menottes !… et, devant lui, se dressait soudain la silhouette, le visage impérieux et contracté, de M. Annion. Tandis que des lèvres du chef de la Sûreté générale, tombait cet ordre ahurissant :
— Fouillez-le.
Suffoqué, le policier Juve qui continuait à ne pas comprendre, demeura quelques instants incapable de prononcer une parole, de coordonner un raisonnement…
Ce qui lui arrivait là lui paraissait si peu croyable, si incohérent et paradoxal, qu’il ne songeait même pas à se rebeller… Au contraire, à son étonnement, s’ajoutait progressivement une envie colossale d’éclater de rire, puis de hurler à la face du beau monde, à tous ces mannequins solennels qu’ils étaient plus bêtes que nature, et, véritablement plus contents d’eux que permis.
Cependant, l’un des colosses exécuteurs des ordres de M. Annion, venait d’extraire du gousset de Juve le fameux diamant de Hesse-Weimar.
Le directeur de la Sûreté générale, affreusement pâle, s’en emparait sans mot dire, tout en regardant Juve d’un air de commisération inquiète, auquel se mêlait une grande indignation et, peut-être, un peu de pitié.
À l’entrée du « cabinet particulier », comme on disait dans les milieux policiers, se présentaient quelques personnes pour qui, en dépit de la rapidité avec laquelle les choses s’étaient passées, la surprenante arrestation de Juve n’était pas restée inaperçue.
Sur le seuil se précisait la silhouette grotesque de Wulfenmimenglaschk et celle aussi, éminemment élégante et distinguée, du marquis de Sérac.
À la vue de l’audacieux bandit, Juve, soudain retrouvait ses esprits, sa faculté de parler et, poussant un hurlement :
— Fantômas, s’exclama-t-il, Fantômas ! c’est lui, arrêtez-le, qu’on s’en empare…
Puis, soudainement pris d’une rage folle contre les colosses qui le maintenaient énergiquement :
— Ah çà ! mais lâchez-moi donc ! vous êtes idiots, complètement idiots… Monsieur Annion, qu’est-ce que cela signifie ? je vous en prie, faites cesser cette plaisanterie… l’heure est grave, unique, peut-être… Fantômas est là ! nous le tenons… avec Lady Beltham… Fantômas, reprenait-il, c’est le marquis de Sérac… Fantômas…
Juve haletait…
Tandis qu’il voulait parler, parler à toute force, il lui fallait soutenir une lutte effroyable avec les robustes agents qui l’avaient empoigné, prétendant toujours l’empêcher de faire le moindre mouvement, voulant presque le bâillonner de leurs mains, pour couvrir ses éclats de voix.
En vain.
Cependant, M. Annion, sans même vouloir entendre les protestations de Juve, saluait un troisième personnage qui venait d’arriver avec le marquis de Sérac et Wulfenmimenglaschk.
— Monsieur Héberlauf, déclarait-il, excusez-moi de vous avoir dérangé, mais votre présence m’était nécessaire ici même, ce soir…
Le directeur de la police de Hesse-Weimar commença une réponse cérémonieuse :
— Entre collègues…, faisait-il avec solennité.
M. Annion n’avait pas le temps d’écouter ces bavardages, il l’interrompit et, désignant Juve à l’ancien pasteur :
— Reconnaissez-vous cet homme, monsieur ?
M. Héberlauf, qui n’aimait jamais à prendre une décision, considéra Juve de côté, d’un œil hésitant.
Sans répondre nettement à la question de M. Annion :
— Il me semble… je ne sais pas… je crois en être sûr… toutefois il se pourrait…
Brusquement, M. Héberlauf quittait le « cabinet particulier », retourna au salon. Il en ramena une grosse dame rougeaude et vulgaire qui s’épongeait le front dans un mouchoir aux vastes dimensions.
— Madame Héberlauf, déclara-t-il en s’adressant à M. Annion, vous renseignera beaucoup mieux que moi.
Tandis qu’il se reculait, la femme de l’ex-pasteur, nullement émue par la situation, tout au contraire, considéra de ses petits yeux perçants le personnage placé entre quatre agents de police.
Et Juve, héros de cette étrange cérémonie, y assistait impassible, se demandant réellement s’il avait perdu la tête ou si alors tous ceux qui l’entouraient n’étaient pas devenus fous subitement.
Et il écoutait Mme Héberlauf qui, dans un flux de paroles interminables, précisait à M. Annion en le désignant, lui, Juve, qu’il n’y avait aucun doute sur sa personnalité.
Juve tout d’abord ne comprenait pas.
Mais, en suivant le dialogue qui s’échangeait entre l’ex-pastoresse et le directeur de la Sûreté générale, il entrevoyait peu à peu le quiproquo qui se produisait.
Évidemment, c’était la répétition de la ridicule aventure dont il avait été la victime lors du vol du diamant, au palais de Glotzbourg.
— C’est bien lui, en effet, s’écriait la grosse Mme Héberlauf, que nous avons fait prisonnier dans les appartements du roi et que notre police a conduit ensuite au cachot. Hélas ! monsieur Annion, ajoutait la bonne femme, faisant une expressive mimique de douleur, nous avions eu l’imprudence de lui laisser un revolver chargé sur lui…
— Que ne s’est-il tué ! murmura tristement M. Annion…
— Ces bandits-là ne se tuent pas, monsieur, ils tuent leur prochain, les innocents… Par suite d’une effroyable machination, ce criminel, monsieur, s’est sauvé de la prison…, mais non content de s’enfuir il a assassiné un malheureux serviteur, un vieux gardien que nos agents ont découvert le lendemain de la fuite, la tempe trouée d’une balle. Le cadavre gisait abandonné dans un caveau mortuaire du cimetière de Glotzbourg… Ah ! que s’était-il passé ? Nous n’y avons rien compris, monsieur, si ce n’est que l’abominable Fantômas…
Juve, curieusement et moins ému qu’il aurait pu l’être, avait écouté silencieusement cette absurde version de son évasion.
Toutefois, l’accusation de crime lui portait un coup ; instinctivement, il allait protester, mais M. Annion l’interrompait d’un énergique :
— Silence !
Et ajoutait :
— Vous vous expliquerez à l’instruction, si vous le jugez utile, et, au surplus, n’essayez pas de nier, c’est bien une balle de « votre » revolver qui a tué ce malheureux gardien…
Juve se mordit la lèvre, irrité de la tournure que prenaient les événements, il allait parler encore, mais le marquis de Sérac interrompit M. Annion :
— Sa Majesté, déclara-t-il, ne va pas tarder à partir, l’heure approche…
— C’est juste, s’excusa le directeur de la Sûreté générale, auprès duquel était venu se placer M. Vicart..
Wulfenmimenglaschk réapparut aussi : sa grosse figure joviale affectait un air sévère ; de ses yeux tout ronds, il considéra avec effarement Juve immobilisé par ses gardiens.
M. Annion commença, ému :
— Messieurs, un de nos inspecteurs…, un de nos collègues…, pourrais-je presque dire, s’est rendu coupable des crimes les plus épouvantables, des vols les plus odieux… Je n’insisterai pas, son sort appartient désormais à la justice du pays, entre les mains de laquelle nous le remettons. Nous avons eu toutefois la satisfaction d’arrêter le criminel au moment où il était porteur du précieux bijou dérobé par lui à S. M. le roi Frederick-Christian…
M. Annion ouvrit la main et tendit le diamant au marquis de Sérac, en présence de Wulfenmimenglaschk, qui, pendant le discours du chef de la Sûreté générale, avait déclaré à ceux qui l’entouraient :
— C’est moi qui l’ai identifié le premier… grâce au gilet, au gilet révélateur. Et puis aussi, Ouaouaoua me l’a dénoncé…
Mais personne ne comprenait de quoi il pouvait bien s’agir. On écoutait M. Annion poursuivre :
— Monsieur le marquis de Sérac, je vous remets ce bijou devant M. Wulfenmimenglaschk et M. Héberlauf, qui représentent la Sûreté hesse-weimarienne. Je compte que vous voudrez bien le remettre immédiatement à Sa Majesté…
Un hurlement de Juve interrompit encore :
— Nom de Dieu de nom de Dieu ! jurait le policier, perdant toute mesure et tentant de s’arracher aux hommes qui l’immobilisaient, mais vous êtes complètement fous. Sérac, le marquis de Sérac, c’est Fantômas… Monsieur Annion, c’est Fantômas ! arrêtez-le… C’est lui le coupable de toute cette machination… C’est lui qu’il faut appréhender… Fantômas est l’assassin de Susy d’Orsel…
Juve fut réduit au silence. Ainsi, c’était le monde à l’envers, le triomphe pour les bandits, et pour lui les menottes.
Rien ne lui était épargné.
C’était maintenant M. Havard qui s’interposait devant lui.
M. Havard, le chef de la Sûreté, son chef direct, avec lequel depuis si longtemps il avait de si fréquents rapports, de si cordiaux entretiens.
M. Havard, l’œil dur, le regard sec, à voix basse, à mots précipités, suggérait à son subordonné :
— Inutile, Juve, taisez-vous… nous savons ce que vous allez dire : c’est Fantômas qui a commis le crime, Fantômas qui est descendu dans la cave de la rue de Monceau pour s’emparer du roi, Fantômas qui a substitué un de ses complices à Sa Majesté, Fantômas qui s’est introduit tout dernièrement dans l’appartement du marquis de Sérac… Je ne vous rappelle pas le crime et le vol de Fantômas en Hesse-Weimar… mais ce que nous savons aussi, Juve, c’est que partout où Fantômas a passé, partout on a relevé vos traces, les vestiges, les caractères indiscutables de « votre » passage… Fantômas, oui, nous y avons cru et nous y croyons encore, mais Fantômas, c’est…
— Ah ça, hurla Juve, au paroxysme de la colère et du désespoir, ah ça ! vous me prenez donc pour Fantômas ?…
Le policier vit rouge tout d’un coup…
La secousse était si forte, l’émotion si grande, qu’il crut que son cœur allait s’arrêter de battre. Il sentait monter la congestion…
Alors que M. Havard avait prononcé le nom de Fantômas, quelqu’un avait bondi en avant vers lui, quelqu’un que Juve reconnaissait aussi : Marie Pascal…
La jeune fille, toute blême, le visage contracté, la lèvre tremblante, était allée droit au chef de la Sûreté, et d’un ton de suppliante protection :
— Monsieur, s’écriait-elle, monsieur, Fantômas est arrêté, n’est-ce pas ? Je viens de l’entendre dire… Ah !… monsieur…
La jeune fille paraissait prête à défaillir. On s’empressa autour d’elle, mais Marie Pascal réagit sous le coup d’une indignation profonde, d’une terreur insensée, elle balbutiait à mots entrecoupés :
— Fantômas, le monstre… il s’est acharné contre moi, il a voulu me faire mourir, il a failli me tuer…
M. Annion, atterré par cette nouvelle à laquelle il ne comprenait rien encore, tentait de faire préciser la jeune fille :
— Quand cela ? interrogea-t-il .
Marie Pascal répondit :
— Il y a deux heures, deux heures à peine !…
M. Havard intervint à son tour :
— Mais où cela ? Expliquez-vous ?
À demi morte d’émotion, la jeune fille balbutia :
— Dans une maison, rue Bonaparte…
— Chez Juve, s’écria soudain de sa voix railleuse le marquis de Sérac…
— Parbleu ! fit M. Havard.
— Mais qui vous a tiré d’affaire ? questionnait anxieusement M. Annion, plus pâle qu’un mort et qui se demandait avec épouvante où s’arrêterait cette scène d’un tragique inouï, d’une inexprimable angoisse.
Marie Pascal se retournait. Du doigt elle allait désigner Fandor, qu’elle ne pouvait trop remercier de sa généreuse intervention, mais la jeune fille demeura silencieuse, interdite…
Le journaliste avait disparu.
***
Depuis quelques instants déjà, un bruit s’était répandu comme une traînée de poudre, dans la foule qui encombrait le salon d’honneur et même dans celle que les barrages voisins maintenaient éloignée du roi de Hesse-Weimar :
« Juve est arrêté… Fantômas est pris… Juve n’était autre que Fantômas. »
Arrivant avec Marie Pascal à la gare du Nord, Jérôme Fandor avait entendu ces propos. Tout d’abord, il n’y avait prêté qu’une médiocre attention : n’y croyant guère, il accueillait d’un sourire ces rumeurs.
Mais, au moment où il entrait dans le salon d’honneur, il sentit naître l’inquiétude : le bruit prenait de la consistance, il n’avait plus à douter.
Évidemment, par suite encore de quelque affreuse machination, Fantômas avait fait arrêter Juve en son lieu et place.
Fandor n’était pas ému outre mesure. Il lui paraissait impossible que la vérité n’éclatât pas dans quelques secondes, que l’imposture du marquis de Sérac ne fût pas aussitôt démontrée.
Mais, dissimulé dans un coin de la pièce, prudent malgré tout, redoutant quelque traquenard, Fandor avait écouté, comme les propos de la foule, ceux des grands chefs.
Or, il s’était rendu compte, non sans une formidable stupéfaction, que les autorités policières étaient formellement convaincues que si Juve était bien Juve, il était aussi Fantômas.
Et de quelques mots glanés çà et là, au cours des dialogues, Fandor avait compris tous les dangers d’une semblable inculpation.
Certes, si l’on avait accusé Juve d’être un faux Juve et d’être un Fantômas, rien n’aurait été plus aisé pour le policier que de réduire à néant cette accusation. Or, voici que, chose plus grave, on lui reprochait d’être Fantômas, tout en reconnaissant qu’il était bien Juve.
Le policier devrait donc prouver la personnalité de Fantômas pour justifier que ça n’était pas lui…
Diable, l’affaire se compliquait !
Fandor, au moment suprême, alors que Marie Pascal allait le désigner à l’attention publique, avait pris son parti en un clin d’œil.
Certes, si Juve avait été en danger de mort, Fandor n’aurait pas hésité à lui porter secours au péril de sa vie. Mais le policier ne courait pour le moment qu’un risque moral, son existence n’était pas compromise.
Et le journaliste, avec cette rapidité, cette décision qui lui étaient propres, s’affirmait aussitôt à lui-même qu’il convenait de rester, avant tout, libre pour pouvoir, le plus efficacement, être utile à Juve, à Juve prisonnier. Car n’allait-on pas l’arrêter lui aussi, lui le faux roi, lui l’imposteur ?…
Alors, Fandor, se faufilant dans la foule, s’était enfui, baissant la tête, se dissimulant comme un coupable, l’esprit torturé, plein d’une angoisse extrême. Il avait quitté la gare du Nord, il était parti, fonçant droit devant lui, la mort dans l’âme…
***
— Je vous demande pardon, madame ! dit M. Vicart à Lady Beltham.
Le chef du Service politique croyait toujours s’adresser à la grande-duchesse Alexandra…
Et, lui exprimant ses profondes excuses, il la faisait relâcher de la surveillance dont elle était l’objet de la part de l’agent Michel posté auprès d’elle, quelques instants auparavant par Juve.
La grande-duchesse, évidemment très vexée, remercia sèchement M. Vicart et s’empressa à la suite du roi…
Celui-ci, très ému des incidents qui venaient de se produire, se dirigeait avec une évidente satisfaction vers le quai de la gare, au long duquel attendait son train.
Le souverain remercia avec effusion le marquis de Sérac de son obligeance et le chargea de transmettre à la police française ses plus sincères félicitations. Le cortège s’avança rapidement au milieu de la foule, qui chaleureusement acclamait le souverain, cependant que Wulfenmimenglaschk, exultant de vanité, ne pouvait s’empêcher de crier à haute voix, tournant la tête de tous les côtés, pour voir si on le remarquait :
— C’est grâce à moi qu’il est arrêté.
***
Dans le « cabinet particulier », où désormais ne se trouvaient plus que quelques policiers, Juve, en face de M. Annion, s’époumonait :
— Enfin, je suis Juve ! Juve ! Juve ! nom de Dieu, Juve !
— Certes, répétait M. Annion qui, tout en parlant, cherchait un appui du côté de M. Havard, paraissait le consulter du regard, certes ! mais nous avons désormais la conviction que Juve et Fantômas ne font qu’un !
Le policier, lassé de cette discussion, qui s’éternisait avec un égal entêtement de part et d’autre, haussa les épaules et se résigna :
— Ils sont tous fous, absolument fous, dit-il.
Quelques instants après, les agents de la Sûreté dirigeaient Juve vers un taxi-automobile, arrêté devant le trottoir de la gare.
Et ce départ passa pour ainsi dire inaperçu.
Le malheureux Juve, courbant la tête, atterré par la destinée qui s’appesantissait si injuste, si lourde, sur ses épaules, ne protestait même pas d’un geste.
Mais soudain, il tressaillit : à quelques mètres devant lui, narquois, libres surtout, se trouvaient Lady Beltham, en compagnie du marquis de Sérac.
Les deux formidables complices montaient dans une luxueuse limousine…
Juve s’interdit de crier, il hocha la tête. De grosses larmes lui coulèrent le long des joues.
Mais dans la foule, on murmurait autour de lui :
— La grande-duchesse… Le marquis de Sérac…
Alors, n’y tenant plus, l’infortuné policier hurla de toutes ses forces, tandis que, poussé par les agents, il montait dans le taxi :
— Allons donc, allons donc… la grande-duchesse… le marquis de Sérac… la police française vient d’arrêter un innocent, tandis qu’elle laisse en liberté Lady Beltham et Fantômas !…